OPINION: Album hip-hop de l’année à l’ADISQ: Controverse ou rétribution?
Chaque année, l’association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo récompense les artisans de la scène québécoise qui, selon eux, se sont le plus démarqués dans leur créneau particulier. Grâce au développement de la scène musicale et à la qualité des produits, on retrouve depuis 1998, la représentation du Hip-hop parmi les lauréats récompensés par l’ADISQ pour la catégorie “Album Hip-hop de l’année”. Malgré tout, les gagnants font rarement l’unanimité parmi le jury et les fans purs et durs, ceux qui achète les albums et qui se présente aux concerts.
Ainsi, dès l’année d’apparition de la catégorie hip-hop à l’ADISQ, on a pu constater le premier revers en voyant Loco Locass l’emporté devant le cultissime album de Sans Pression “514-50 dans mon réseau”, qui a fortement contribué à la création de l’identité québécoise au sein du hip-hop et finalement mis de côté le “faux accent” français de France (voir La Constellation et autres).
Le tir fut corrigé en 2000 avec la victoire de Muzion pour le classic “Mentalité Moune Morne (ils n’ont pas compris…)”. L’année suivante, Loco Locass l’emporte une deuxième fois avec l’album “Manifestif”. Sans discrédit au groupe, il me semble clair que le félix aurait dû aller à Yvon Krevé qui nous a offert un des meilleurs albums hip-hop au Québec jusqu’à aujourd’hui, “L’accent grave”. En toute subjectivité, je suis convaincu que la majorité des jeunes qui écoutaient du hip-hop (“pour vrai” ) dans les années 2000 écoutaient plus d’Yvon Krevé, de SP, de Rainmen que du Loco Locass. En effet, le fossé entre les vrais fans et l’industrie semblait se creuser durant ces années, où l’image de rappeurs pro-souverainistes coiffés de couvres-chefs “random” étaient beaucoup plus “vendeur” et “marketable” que celle de jeunes minorités visibles issues de milieu difficile projetant une image plus “street”. En 2002, un scénario semblable se produit où Dubmatique (qui fut récompensés en 1998 par l’ADISQ par le meilleur album Rock-Alternatif, faute de catégorisation adéquate!) gagne au dépent d’un album beaucoup plus marquant, “Le Plan” de Ray Ray & Stratège (Les Artchitekts).
En 2003, le retour acclamé de Muzion leur permet de mettre la main de façon unanime sur un deuxième félix, ce qui amènera ensuite le groupe a se concentré sur la création de projets solos pour chacun. Ensuite, on assiste à un doublé facile de Loco Locass pour 2004-05 avec les albums “Invivo” et “Amour oral”, ce qui les catapultes dans les “big shots” de la scène musicale québécoise.
L’année 2006 marque la première vraie compétition pour l’album hip-hop de l’année avec le premier album de Manu Militari, les deuxièmes albums d’Atach tatuq et Taktika, le projet des “gars du peuple” et d’un “gars d’même”. Bref, plusieurs ont été surpris de voir Atach tatuq repartir avec la statuette. Les gars (et la fille) méritaient de gagner, tout comme Manu Militari aurait pu gagner avec le classique qu’est “Voix de fait”.
Les trois années suivantes sont marqués par un retour à des choix qui font tout sauf l’unanimité avec Omnikrom, Gatineau et Sir Pathétik et ce, malgré la parution d’albums plus qu’excellent tel que “Patte de salamandre” de Boogat, “Mon poing d’Vue” d’Imposs et “Dendrophile” de Movèzerbe. Somme tout, il semble que la crédibilité et la valeur du félix de cette catégorie avait chuté dernièrement et qu’un retour à l’unanimité s’imposait.
Finalement, la cuvée d’album nominée en 2010 était fort intéressante avec Dramatik, Karma, Manu, Radio Radio et Sir Pathétik. La tendance des années antérieures annonçaient très certainement une avance pour Radio Radio, qui semblait le groupe qui se rapprochait le plus des goûts éclectiques (!) des baby-boomers, composant la majorité des jurys de l’ADISQ. Or, les résultats décevants des dernières années ont provoqué des changements quant à la façon de désigner le gagnant qui était déterminé par 50% des ventes et 50% du jury spécialisé. Dorénavant, c’est plutôt 25% des ventes et 75% des votes issus du jury spécialisé. Cela est fortement intéressant puisque ça l’élimine les victoires ridicules causés par des grandes fluctuations des ventes entre les artistes.
Ainsi, on couronne Manu Militari comme le grand gagnant de la scène hip-hop québécoise et son discours de remerciement qui est en fait un a cappella dénonçant l’inéquité des artistes envers leur label et cela en a laissé quelques-uns mal à l’aise (Béatrice?). Bref, l’ADISQ avait besoin d’un gagnant crédible et Manu Militari représente tout cela. Quel autre rappeur peut écouler près de 10 000 albums en 2010 (hormis Sir Path)? Quel autre rappeur peut faire un concert à guichet fermé à Montréal dans une salle comme le National (autour de 750 de capacité) en 2010? Franchement, le trophé est amplement mérité et espérons que l’ADISQ pourra redorer son image pour l’année prochaine après avoir essuyé mainte critique quant aux coûts exorbitants d’adhésion en plus des problèmes de représentativité de tous les genres musicaux prospère au Québec.
