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Loud & Lary – Gullywood

*Ce qu’Anzoo en pense:

Pendant qu’une bonne partie de la jeunesse se questionne sur l’avenir socioéconomique du Québec, deux cats du quartier Ahuntsic optent plutôt pour Gullywood, véritable ode à l’hédonisme montréalais. S’inscrivant dans la mentalité « live fast, die mong »,  Loudmouth, Lary Kid et A-Justice viennent d’accoucher d’un véritable « classique instantané » du rap québécois.

Entièrement produit par le fou beatmaker Ajust, Gullywood représente un syncrétisme musical réussi entre l’essence de la culture hip-hop américaine, l’amour du sexe drogue et rock ‘n’ roll et son appropriation québécoise. Yan Payroll, John Meilleur et Cody Banks dégagent une énergie rarement entendue au Québec et qui risque de satisfaire les fans de The Clipse, Jay-Z, Lil Wayne, Rick Ross etc…

Pour ceux qui s’arrêtent au franglais dans le rap québécois, ça ne prend pas la tête à Papaz pour comprendre que le niveau des textes de Loud et Lary traverse les frontières linguistiques. En plus de leurs incroyables flow, le duo est renforcé de beats tellement lourds qu’ils plairont tant aux conducteurs de BMW ou de BIXI, qu’aux usagés du métro ou autres adeptes de marche rapide.

Plusieurs morceaux récoltent la note parfaite. Toutefois, c’est le morceau « Intro + Obtenir » qui nous plonge dans le cœur même du sujet. Après une intro style rock années 1980 rappelant l’ambiance du jeu Grand Theft Auto, un clavier schizophrénique se joint à un drum roll militaire et un riff de guitare. Pendant les 2min40 de ce beat complètement fou, nous avons droit à plusieurs perles de franglais.

 

Lary Kid crache :

« Je suis sur du next lev shit/Led Zeppelin/ Def Leppard/Faites que Dieu vienne et bless le verse/ Alléluia! »

Loud  précise:

« C’est du Hell of a droye (drug) music/the ivrogne musique/c’est du Pink Floyd dans les belles années de Roy Dupuis/c’est du heroin abusing/ fils de Paul Newman music/c’est l’opium de Rod Stewart/le John Belushi music ».

 

Parmi les nombreux monstres issus de ce projet (« Candlewood Suites » et « Xavier Cafféine »), mention spéciale à la pièce éponyme qui pourrait facilement être le prochain single radio ou vidéo. Par ailleurs, le nom de la pièce « James Hyndman Money » mérite des points pour le concept en soi. Tel un fils de diplomate canadien viré acteur/séducteur, Loud et Lary sont également sur leur « A-Game » par-dessus un loop de guitare évoquant le son du groupe The Doors. Même chose pour le morceau « Jeunes Filles », une réussite pour ce genre de chanson rappelant « Song Cry » et « Girls, Girls, Girls » de Jay-Z. À noter que le verse de Lary Kid est hilarant sur ce joint! Enfin, « À La Grâce de Dieu », vient clore de façon épique cet album qui provoque des sacres de la première à la dernière écoute! Tant qu’à être blasphématoire, cet album est la chose la plus dope que j’ai entendu depuis l’album 4.99$ d’Alaclair Ensemble!

 ***

*Ce que DA en pense:

Définitivement un des projets les plus attendus pour ma part, depuis la première écoute de David Blaine l’année dernière, je savais que Loudmouth et Lary Kidd était de retour. Bien qu’il y ait eu une évolution autant musical que vestimentaire depuis leur premier projet Erreur de la nature (Still une des pires pochettes ever!), le changement semble avoir été payant pour les cats d’Ahuntsic.

Le premier constat que je peux faire en écoutant l’album c’est que ça sonne comme une tonne de brique! Les productions de A-Justice sont tellement next-level que des beats comme Héros ou encore Candlewood Suites pourrait facilement être des prods pour les plus grands rappeurs américains. Ensuite, la complicité entre Loud & Lary est tellement complémentaire qu’on comprend immédiatement que les gars se connaissent depuis way back.

D’un coté, on a Lary Kidd, qui rap à propos de luxe, drogue, médicaments, voitures avec un mélange parfait entre l’arrogance et la confiance, ce qui fait facilement de lui, un des meilleurs bragger rapper du Qc. Émulant le style prisé par Pusha-T, Rick Ross et autres grandes pointures, ça sonne naturel et non forcé. Ensuite, on a Loudmouth, celui qui jongle entre rimes complexes multi-syllabiques et du braggadocio avec brio. Un bref survol des chansons pour illustrer mon point:

Outremont: Le mode de vie du quartier tant prisé de Richard Martineau!

Loud: “Sympathie pour le diable, ne serait-ce que pour une dance/Que Dieu ait pitié pour notre âme, Bout to loose it all

Les nuits sont longues en hiver à Montréal / jette de l’huile sur le feu, jette de la vodka sur la glace…”

 

Intro+Obtenir: Insane flip de beat par A-Justice, tellement onorthodoxe mais tellement bon en même temps! A+

 

Gullywood: Dope beat encore, très hypnotique.

Loud: “J’étais high as fuck sur les designers drugs de l’ignorance / premier hustle aller-retour sur la ligne orange

Dernier wagon de génération de violence / Pour les billets de banque, that shit we be about!”

 

Candlewood Suites: Mon track préféré! Tellement de mongness sur ce track! A+

Lary: ” Dieu est mort d’une overdose de Seroquel baby / J’étais avec lui dans la fuckin’ chambre d’hotel baby

Candlewood suites, coin René-Lévesques / Chambre 212, baby get it right!

Dieu est mort d’une overdose de Seroquel baby / dans une toge american apparel baby

Si j’overdose ce soir au moins je suis bien habillé / Si j’overdose ce soir au moins je suis bien habillé

 

Xavier Cafeine: Encore un beat de retarded, avec un vibe 80′s fastlife! Fou!

Lary: “Le bag de blow avec Yann Perreau ruelle Salon Off(iciel), y connait la face de Lary Kidd, demande à Xavier Caféine y dit qu’j't’un animal de cirque” 

Lary: ” So fucking cultivé so quand j’suis wasted j’peux talkshit/ pour impressioner des broads avec des cours que j’ai même pas passé!”

 

Gruau: INSANE BEAT! Sérieux INSANE BEAT!

Loud: “Hipster-rich grâce à CISM Radio/ So tu peux m’appeler Yann Payroll

Fuck that underground, pas le temps pour tes conneries/ bitch dumb it down, les lobotomies sont on me”

 

James Hyndman money: Nice storyteller! Folle baseline!

Loud: “So j’ai cette hipster broads, elle se prend pour Kirsten Dunst/ Au salon Off, avec ses talons hauts sur la piste de dance

jacket de jeans pis le t-shirt de Kill’em All / Mais parles-y pas de James Hetfield, elle sais même pas si yé mort”

 

Jeunes filles: Le girlfriend song de l’album! L’instru est next-level dope!

 Loud: “J’referais surement les mêmes erreurs mais on choisit pas la flèche qui nous perce le coeur/

sèche tes pleurs, un triangle amoureux dans un cercle d’amis/ une bouteille de mousseux pis une extasy

well, une ou deux soyons réalistes! pis on est tout seul pour le reste de la nuit.”

 

Cody Bangers: Cool tracks faisant référence au moniker d’A-Justice.

Lary: ” So hell yeah j’suis Lary fuckin fly / même en sortant d’une friperie avec des habits de prolétaire

So si Loud c’est le best/ dis-toi que j’suis meilleur que le reste”

 

Héros: IN-CRO-YABLE! Définitivement un des meilleurs instrumentaux entendu depuis très longtemps! A+

Loud: ” On ride around dès que le soleil est couché / les lumières de St-Laurent brilleront toujours dans nos shades

Héros motherfucker let’s roll super hard, Gullywood style / deux pieds sur le gaz!”

Lary: “Y’a pas de Batman & Robin / No! J’suis plus Ryan Gosling/

Drive motherfucka drive drive motherfucka/ j’peux pas faire taire les artères de mon muffler”

 

À la grâce de Dieu: Un autre beat tellement mong! très sloppy come chop mais oh comment efficace! Loud & Lary Signe leur épitaphe sur ce track!

Lary: “Mes meilleurs rêves c’est ceux qui me laissent terrified / m’amène à l’opposer du nirvana mais nevermind

la-bas en haut y’a un clone à moi qui me sert un plateau / il pop le top pis y’a un gun c’est écrit mets-le dans ta bouche”

Loud:  À la grace de Dieu, laissez-moi croire encore une chance de plus / une dernière dance avec le diable le temps d’une mesure

j’veux juste revivre sur les flashing lights / un dernier hit sur les palmarès.”

 

Enfin un groupe qui se démarque au Québec en produisant une formule américanisée où l’opulence et le YOLO (You Only Live Once) lifestyle sont au rendez-vous. Enfin des rappeurs qui ne bite pas la formule K6-esque-Wordupbattleur que les jeunes rappeurs tentent d’imiter. Enfin des rappeurs qui se foutent de ce que les gens pensent et qui n’ont pas peur d’exposer leur style de vie décadent et leur nouveau swagger hipster-esque. Enfin un nouvel album de Loud & Lary! Enfin un nouveau classic dans le rap-queb!

 

 

4.7/5

 

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