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Beatbaking avec Capitaine Soldat

Capitaine Soldat est arrivé en douce dans le décor du beatmaking québécois avec son album Mon amie la bouteille en 2011 avec un mélange funky de folklore québécois et échantillonnages débridés. Quelques mots avec le capitaine.

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Max — Comment as-tu commencé la musique et à quel point as-tu décidé d’en faire ta profession? (« Profession » au sens large!)

Capitaine Soldat — J’ai commencé à faire de la musique de façon vraiment progressive. Autour de 12 ou 13 ans, j’ai découvert les J Dilla et DJ Premier de ce monde. Ça a été une révélation : je voulais faire comme eux. Malheureusement, j’étais trop cave pour savoir comment ça fonctionnait. Je me suis donc acheté deux tables tournantes et un mixer. Mais j’ai vite réalisé qu’avec ça, on fait juste mixer les chansons des autres… J’ai quand même commencé à être DJ sérieusement, et, pendant plusieurs années, j’ai spinné dans plusieurs bars/clubs de Montréal. Je me suis tanné, et j’ai finalement acheté un MPC 60 il y a quelques années. À partir de ce moment-là, c’est devenu une profession au sens très, très large.

Max — Ton dernier album « Mon amie la bouteille » (qui est sorti début 2011) a pris un temps à être connu dans se monde où tout bouge rapidement. Est-ce que c’est un choix conscient pour la distribution de l’album?

Capitaine Soldat — Non, ce n’était pas un choix conscient. En fait, à la sortie de l’album, je ne connaissais absolument personne du milieu de la musique. Quand Bandcamp est apparu, je me suis dit qu’avec une plateforme aussi simple, c’était possible de sortir un album sans avoir à visiter des labels, des boîtes de prod, etc. Je ne suis vraiment, mais vraiment pas un bon vendeur. C’est l’internet qui a permis à cet album de voir le jour. Je n’aurais jamais fait les démarches moi-même. 
En ce qui a trait à la visibilité de l’album, encore une fois, ça n’a aucun lien avec moi! Je dois tout à Frannie et à Fab de Random Recipe. Elles ont découvert mon Myspace à l’époque (wow, Myspace!), par hasard, j’imagine, et m’ont suivi depuis. Ce sont elles qui ont fait découvrir l’album à plein de gens du milieu, dont Alexandre Jacques (leur gérant), qui m’aide énormément depuis qu’on se connaît. Je n’ai aucun crédit.

Max — Comme plusieurs beatmakers (comme moi-même!), tu travailles le visuel comme les rythmes. Parle-nous du lien entre ta création visuelle et ta musique.

Capitaine Soldat — Je suis un artiste visuel (photo, peinture, sculpture, installation) depuis des années, bien avant d’être un musicien. Ça a toujours été mon premier amour, aussi kétaine que ça puisse sonner. Je trouve ça très difficile de lier les deux. Bien sûr, les projections et les vidéoclips sont des pas dans cette direction. Mais j’aimerais beaucoup, dans un futur rapproché, incorporer ma musique dans des sculptures et des installations.

Max — Est-ce que c’est l’élément qui te rapproche des Joualliers qui ont aussi une image léchée?

Capitaine Soldat — Oui, c’est un élément qui me rapproche. Les Joualliers ont une direction, un concept lié à chaque release (album ou vidéo). Il est toujours poussé à l’extrême. Pour l’album Gravitational Pull, tout est léché, over the top, Gucci, homoérotique. Puterobo, au contraire, est futuriste, misogyne (ironiquement bien sûr) et dans un certain sens, très dark. Dans Capitaine Soldat, les mêmes idées reviennent et reviendront dans le prochain album. Il sera beaucoup plus électro et beaucoup plus sombre. Mais il y aura encore et toujours une touche d’humour et de folklore populaire québécois. Ce sont les deux éléments qui sont essentiels aux projets de Capitaine Soldat.

Max— L’échantillonnage est au centre de ta musique comme celle de l’âge d’or du rap américain du début des années 90. Par contre, au lieu de rechercher des « samples » dans de vieux disques vinyles de funk, tu puises dans une culture bien de chez nous. Est-ce que c’est pousser trop loin l’analyse que de dire que tu cherches à mettre la culture québécoise de l’avant par un nouveau véhicule?

Capitaine SoldatNon ce n’est pas pousser trop loin la réflexion que de dire que je cherche à mettre la culture populaire québécoise à l’avant-plan. Mais écouter de vieux disques québécois, c’est avant tout un plaisir. Mon plan n’était pas d’être le premier à sampler de la musique québécoise, au contraire. Je préfère puiser dans une musique à laquelle je m’identifie, et que j’aime découvrir. Ce n’est pas un statement, simplement une préférence.

Max — Denière question; c’est le temps de faire de l’autopromotion! Du nouveau pour Capitaine Soldat/Les Joualliers bientôt?

Capitaine Soldat — Je suis le champion de l’autopromotion (NOT). Il y aura un nouveau vidéoclip des Joualliers (« Swing Ta Pénisse »), mi-octobre; ça va être assez spectaculaire je pense. Pour ce qui est de Capitaine Soldat, je travaille sur le deuxième album depuis un an, et ça avance beaucoup moins vite que prévu… Ça devrait arriver… mettons dans quelques mois. Je mens, c’est impossible à dire. Mais ça s’en vient, et c’est pas mal bon!

Max — Denière dernière question rapide parce que ton nom est Capitaine Soldat; Ninja ou Pirate?

Capitaine Soldat— J’allais dire « ninja », mais après avoir fait une liste exhaustive des features de chacun, je vais y aller avec « pirate ».

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