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DISQC : Le répertoire du rap québécois

disqcSaviez-vous qu’il existe un site spécialisé dans l’archivage et le recensement de la discographie du Hip Hop québécois? Mis sur pied par Alexandre “ViRulent” Dorval-Lemire, le site DISQC.com, qui fêtait sa première année d’existence le 11 novembre dernier, offre à ses visiteurs de parcourir une impressionnante bibliothèque des projets parus, en plus de couvrir la quasi-totalité des lancements d’albums sous forme de vidéo. Ghetto Érudit s’est entretenu avec le créateur du projet. 

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GE: Mission de DISQC.com : « la mise en valeur de la culture Hiphop au Québec », à qui s’adresse ce site?

 ViRulent: J’imagine que les principaux intéressés sont surtout les fanatiques de rap queb comme moi. Ceux qui suivent tout ce qui se passe sur la scène locale. Les plus jeunes et les non-initiés qui visitent le site par hasard en auront plein les yeux. Il y a beaucoup à découvrir. DISQC est un répertoire de tous les albums depuis le début du Hiphop au Québec! La discographie est continuellement mise à jour, donc consulter le site permet aussi de surveiller les dates de sorties des prochains albums à paraitre bientôt…

GE: Depuis combien de temps suis-tu la scène Hip Hop québécoise?

 ViRulent: Environ 15 ans, c’était dans les années 1997-98, j’étais encore à l’école primaire. J’écoutais d’abord Wu-Tang, Busta Rhymes, IAM, Passi [du rap américain et français]… avant de découvrir le rap québécois avec les premiers albums de Dubmatique, Sans Pression, Yvon Krevé, La Constellation… Quand j’ai eu un ordinateur et Internet, la première chose que j’ai faite c’est de chercher à connaître plus de rappeurs québécois et j’ai trouvé plein des trucs plus underground, comme Division Blindée, Chien Mangé Chien, des gars qui n’ont jamais sorti d’album, malheureusement…

 GE: Quelles étaient tes implications dans la scène Hip Hop avant la création de DISQC.com?

 ViRulent: J’avais un site sur la scène Hiphop de Trois-Rivières en 2002. Je suis originaire de là-bas. Ça s’appelait TRCrew. J’essayais de prendre la relève après la fermeture du site SousLaTerre. J’ai laissé tomber quand Hiphopfranco et HHQc sont arrivés avec plus de moyens. Je me suis incrusté au sein de HHFranco, principalement comme administrateur du forum. Entre 2007 à 2009 j’ai écrit une douzaine de critiques d’albums pour CNotreStyle et ensuite pour HHFranco… Une chose est sûre, j’ai toujours voulu faire plus que ce que je faisais…

 GE: Combien êtes-vous derrière ce projet et quels sont vos rôles?

ViRulent: Tout dernièrement il y a Tubby Checkers qui s’est ajouté à l’équipe, c’est un chroniqueur. Il écrit des critiques d’album avec un style bien à lui. J’apprécie vraiment sa contribution… Sinon, à la base, c’était juste moi pendant pratiquement toute l’année. Je suis un ”one man army”, j’ai fais le site web, le design, l’entrée de données, les entrevues (les questions, la caméra, le montage vidéo, l’article écrit), les communications… Oh! Shout out à Konobichi qui révise l’orthographe de tous les articles! Un petit détail qui fait toute la différence. Je dois aussi donner des props à SuNz qui m’a aidé à trouver des infos sur quelques vieux albums perdus. Thymz aussi, qui m’a aidé en ajoutant plusieurs tracklists… Shout out aussi à Alexplicite aka le Wack-MC. Il est du genre à venir me voir en disant ”Yo, ViRulent, j’ai acheté un CD au pawnshop, j’ai checké sur DISQC mais il était pas là. Tu devrais l’ajouter!”…

 GE: Après avoir compilé tous ces albums, quels sont, selon toi, les cinq artistes incontournables pour avoir une bonne idée du pouls de la scène? Pourquoi?

 ViRulent: J’ai évidemment un top 5, mais c’est selon mes goûts personnels et selon l’époque où j’ai grandi. Les premiers disques que j’ai achetés m’ont particulièrement marqués à vie, ils restent dans mes favoris, mais je ne suis pas certain qu’ils soient pertinent pour décrire la scène d’aujourd’hui… Mais pour essayer de répondre à la question, j’ai envie de me référer au TOP DISQC [déterminé par les votes des visiteurs sur le site], je trouve qu’il est très intéressant. Il reflète bien un mélange de classiques du passé et du présent : Sans Pression, Koriass, Rainmen, La Structure, Manu Militari, Monk.e, Muzion, Connaisseur, Yvon Krevé, Atach Tatuq, Accrophone, Rymz & Farfadet, Alaclair Ensemble, Obia le Chef…

 GE: Et les cinq artistes à garder sur le radar? Pourquoi?

 ViRulent: Loud Lary Ajust font beaucoup parler d’eux en ce moment et je pense qu’on a encore beaucoup à obtenir de leur part… Obia le Chef, après ses fou battles, il a prouvé qu’il pouvait aussi faire un fou album [Le Procédé], j’ai hyper hâte d’entendre le prochain projet… Les Dead Obies sont à surveiller je pense, il ne font pas l’unanimité, mais ils osent explorer de nouveaux horizons et sortir le rap quèb de sa zone de confort, c’est une bonne chose… Freddy Gruesum est a surveiller aussi, son premier projet est attendu par tous les fans des WordUP! Battles. Il a le potentiel, j’espère qu’il choisira une bonne direction… Si Les Anticipateurs se prenaient juste un petit peu plus au sérieux et utilisaient des beats qui leur appartiennent, ça pourrait donner quelque chose de gros…

disqc_vertical-A GE: Que retrouve-t-on sur DISQC.com?

ViRulent: Une discographie gigantesque et environ 1 ou 2 nouvelles entrevues vidéo à chaque mois. La discographie c’est un répertoire de plus de 600 albums par plus de 300 artistes/groupes différents, de 1990 à aujourd’hui. Les entrevues vidéos c’est des capsules de 5 à 10 minutes, réalisées lors des lancements d’albums. Ça fait pas encore 1 an que je fais ça, mais il y a deja presque une vingtaine d’entrevues vidéos qui totalisent déjà plus de 2 heures à regarder…

 GE: D’où t’es venu l’idée de créer DISQC.com?

 ViRulent: Sur mon premier site, TRCrew, il y avait déjà une section discographie. J’avais été influencé par la liste d’albums sur SousLaTerre… Pour ce qui est des entrevues vidéo, c’est clairement Kab et Désode de CNotreStyle qui m’ont orienté par là. J’aimais beaucoup ce qu’ils faisaient, c’est dommage qu’ils aient arrêté. Le site en lui-même, coté design, a été influencé par les blogs. Tous les sites ressemblent à des blogs maintenant…

 GE: Le site se spécialise-t-il seulement sur le Hip Hop québécois?

ViRulent: Oui, mais Hiphop au sens large : Rap, RnB, Soul, Slam, Ragga, Piu Piu, etc. Et Québécois au sens large aussi…

 GE: Qu’est-ce qu’on retrouve sur le site, qu’on ne retrouve nulle part ailleurs?

ViRulent: La discographie, c’est la base du site, on la retrouve nulle part ailleurs. Les entrevues vidéos aussi. Les CNotreStyle, Misha (HHQc) et compagnie n’en font plus. Le but était justement de créer un site complémentaire à ceux qui existent actuellement et ne pas doubler ce qui se fait déjà…

 GE: Est-ce seulement des artistes francophones et anglophones, ou recenses-tu également des projets en langues étrangères?

 ViRulent: Toutes les langues! Évidemment, les rappeurs québécois s’expriment plus souvent en français, donc c’est la langue qui prédomine sur le site, mais il y a aussi plusieurs albums en anglais et quelques un en créole et en espagnol qui figurent dans la discographie. Il y a une entrevue à moitié en anglais (celle avec The Fusionists) et il y en aura d’autres…

GE: Est-ce que tu reçois de nombreuses visites d’internautes hors du Québec?

 ViRulent: Si on fait un bilan de la 1ere année d’existence du site. Il y a eu 8,000 visiteurs du Québec, 600 visiteurs d’ailleurs au Canada. 300 visiteurs de la France, je soupçonne que ce sont les amateurs des WordUP! Battles qui s’intéresse de plus en plus à la scène québécoise. Ensuite viennent les USA, la Belgique, l’Allemagne, la Russie et la Suisse, mais avec des chiffres négligeables…

 GE: Quelle a été ta plus grande surprise, révélation, prise de conscience lors de l’élaboration de DISQC.com?

 ViRulent: Humm… étonnamment… il est assez difficile d’établir des contacts avec les artistes et maisons de disques pour obtenir des informations sur leurs produits (dates de parution, pochette, communiqué de presse…), beaucoup de mes e-mails sont restés sans réponse. En plus, beaucoup de rappeurs n’ont pas de véritable maison de disque ou attaché de presse qui s’occupe de contacter les médias pour eux, tout le monde est indépendant et décentralisé, donc je dois courir après chaque rappeur, un par un, pour réussir à leur soutirer quelques informations… mais bon, ça fait partie de la game!

 GE: Tu fais des capsules vidéo de lancements d’albums et de rencontres avec les artistes, est-ce que tu te déplaces à travers la province?

 ViRulent: Non, je travaille seulement à Montréal. C’est dommage, mais je n’ai pas le temps ni le budget pour voyager, le QC est grand… Il faudrait bâtir une équipe composée de gens dans chaque région pour espérer couvrir toute la province…

 GE: Comment choisis-tu les évènements où tu te présentes? Est-ce à la demande des artistes?

 ViRulent: Le focus est surtout sur les lancements d’albums, parce que DISQC s’occupe des disques, comme le nom l’indique. C’est l’idée de base que chaque nouvel album ait son entrevue vidéo. Ensuite, c’est sur que c’est selon mes disponibilités et ma motivation. Ça demande beaucoup de temps et d’énergie… mais je suis un passionné de la culture Hiphop en général, chaque semaine je suis à un événement différent, un battle, une exposition de graffitis, un show, un festival, ça bouge beaucoup à Montréal… Je prends souvent connaissance des événements en ”feuilletant” Facebook.

 GE: DISQC.com existe depuis plus d’un an, comment vois-tu cette expérience, est-elle fidèle à tes attentes?

 ViRulent: J’ai reçu beaucoup plus de bons commentaires et d’encouragements que je pensais recevoir. Les gens apprécient l’initiative. Je m’étais fixé des objectifs vraiment bas pour la première année, je les ai tous dépassés. Je suis super content, ça évolue bien. Par contre j’ai peur que la 2e année soit un peu stagnante, comme si j’avais déjà atteint un plafond, mais je vais continuer à faire ce que je fais, peu importe…

 GE: Depuis quand avais-tu l’idée de monter un site de ce genre? Et combien de temps s’est écoulé entre l’idée de base et le lancement du site?

 ViRulent: C’est difficile à dire parce que, comme j’ai déjà dit, sur mon premier site, TRCrew, en 2002, il y avait déjà une section discographie… donc ça fait 10 ans. Mais quand j’ai fermé le site, j’ai passé plusieurs années sans y repenser, jusqu’à ce que je recommence à avoir envie de m’impliquer d’avantage dans la scène Hip hop. En 2006 j’ai déménagé à Montréal pour les études, c’est là que j’ai commencé à écrire des critiques d’album et à assister aux lancements. Je me rappelle aussi, en 2009, ma job d’été c’était concierge de nuit et quand je passais la mop j’avais rien d’autre à faire que de réfléchir à ma passion… « faire quelque chose » pour le Hiphop québécois m’obsédait, mais je ne savais pas quoi. J’ai pensé à organiser des shows, produire une compilation ou même commencer à rapper !… mais au final je suis retourné à ce dans quoi j’avais le plus d’expérience : faire un site web.

GE: Combien de temps estimes-tu avoir investi à la recherche et la compilation des albums/artistes québécois?

 ViRulent: Le truc c’est que j’ai toujours collectionné les disques de rap québécois, donc j’ai toujours eu la discographie complète sous la main. En 1997-98, la scène était encore jeune, il y avait peu d’albums en magasin. Ça a été facile pour moi de me mettre à jour et de continuer comme ça, au fur et à mesure, d’année en année… Ce qui a été extrêmement long, c’est de rentrer les informations dans une base de données informatique MySQL pour faire un site web et rendre ça accessible à tout le monde. C’est finalement pendant l’été 2011 que je me suis décidé à passer à l’action : j’ai trouvé un nom (DISQC, prononcé ”disque”), j’ai acheté l’hébergement et l’URL (DISQC.com) et j’ai sacrifié tout mon temps libre pendant 4 mois, plusieurs heures par jour, pour faire ça, le design et la base de données. C’était un coup à donner!

 

DISQC #19 – Agua Negra (Paranoize & El Cotola) – Entrevue

 

 GE: Selon toi, quel pourcentage de tous les projets Hip Hop québécois retrouve-t-on sur DISQC.com?

 ViRulent: Au moins 98% je pense. Quand je tombe sur un vieil album qui ne figure pas déjà dans la discographie, je l’ajoute immédiatement. Donc au fil du temps, il reste de moins en moins d’absents. Les seuls projets qui sont automatiquement exclus de la discographie, ce sont les mixtapes enregistrés sur des beats américains… DISQC fait la promotion des projets officiels et des œuvres originales entièrement produites ici et met la priorité sur les albums qui sont vendus en magasin.

 GE: Où vois-tu le site dans deux et cinq ans?

ViRulent: D’ici 2 ans j’espère avoir réglé tous les petits détails qui m’énervent, surtout au niveau design et visuel, sur le site et dans les reportages vidéo, c’est pas encore suffisamment professionnel à mon goût… Il faut aussi que j’établisse de meilleurs contacts avec les gens du milieu, afin de collecter les informations plus efficacement, facilement et rapidement. D’ici 5 ans, je pense que la discographie du rap québécois sera connue par au moins la moitié des 7 millions de québécois…

 GE: Y a-t-il d’autres branches de DISQC.com qui se développeront dans les prochaines années?

 ViRulent: Pour le moment j’évite de m’éparpiller à gauche et à droite, je suis encore à solidifier les bases : la discographie et les entrevues vidéo. Mais effectivement, j’ai plein d’autres idées en tête, j’espère pouvoir les développer un jour… J’aimerais faire des reportages vidéos plus diversifiés, faire de la photographie, écrire des articles, monter des projets spéciaux, bref, créer du contenu de toute sorte…

 GE: Selon ton expérience, aurais-tu quelques conseils à donner aux artistes Hip Hop québécois?

 ViRulent: Un rappeur est ”nouveau” qu’une seule fois et il se fera toujours juger par rapport à ce qu’il faisait à ses débuts. Donc, prenez votre temps avant de sortir en grand. Assurez-vous d’être au meilleur de vous-même et essayez d’être original. C’est important d’avoir un style qui se différencie des autres. Il faut aussi chercher à être meilleur que les rappeurs de la génération précédente et faire monter le standard de qualité.

 Shout out à Ghetto Érudit. Merci à Caiman pour l’opportunité. Shout out à tous ceux qui se lèvent et qui posent des actions concrètes pour la scène. J’encourage tout le monde à le faire. Il y a beaucoup de rappeurs, mais il manque de photographes, journalistes, critiques, chroniqueurs, bloggeurs, etc.

 

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