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Obia le chef et El Cotola – Le théorème

Obia le chef - le theoreme

En théorie et en pratique, Obia Le Chef et El Cotola représentent l’un des duos mc/producer les plus talentueux de ce rap jeu. Pour le premier, sa série de victoires aux Word Up Battles, sa récente performance au Rap Contenders et son entrée remarquée dans la compétition End of the Weak ont solidifié sa réputation de maître de cérémonie. Pour le second, sa notoriété de compositeur musical chevronné ne fait qu’accroître à travers les différents projets (voir Metazon et Agua Negra). Or, après l’album Le Procédé, la démonstration issue du Théorème est tout à fait logique si l’on prend en considération ses principaux axiomes. Ces derniers reposent sur la connaissance ésotérique « Le théorème feat. Cotola », le politique « À-Bas », la rue « Paires de couilles », le respect de ce rap jeu « Dédicace » et la famille « Je dois partir feat. Paranoize ». Permettant de bien comprendre toutes ces propositions hip-hop l’excellente « Pour le love » donne immédiatement le ton au reste de l’album.

 

Tu vends ton âme, mais les flammes ne vont pas rembourser l’achat

Obia le chef

 

Plusieurs quotables émergent après l’écoute attentive du Théorème, notamment sur le premier extrait « Ou konen ». Ce morceau se distingue particulièrement des présentes tendances dans le hip-hop québécois en optant pour une rythmique vaudou propice à la critique d’une certaine hégémonie occidentale. Un autre banger dans la même veine est sans contredit « Plus loin feat. Dramatik et JahNice ». Sur un beat complètement mong, les mc’s font étalage de toute leur dextérité derrière le micro. Parlant du son émanant du Théorème, plusieurs pièces de Cotola s’apparentent à l’atmosphère des compositions complexes « sombre-futurisco-tribale » de Haim Saban et Shuki Levy dans les Mystérieuses Cités d’Or. Dans ce vibe, la collaboration avec Souldia et Paranoize intitulée « Ose pas » est particulièrement réussie.  Enfin, une chanson digne de mention et rappelant un peu l’émotion et la sensibilité d’Agua Negra reste la pièce « Désolé ».

 

Toutefois, la lourdeur des thèmes à saveurs gnostiques et de certains refrains pourrait être considérée comme la principale faiblesse du projet (voir « Fils de Caïn »). L’album aurait gagné à préserver davantage de pièces du genre « T’as compris » ou « Le monde t’appartient » pour colorer l’atmosphère un peu sombre du théorème. Néanmoins, le travail de recherche chez les deux protagonistes impressionnera n’importe quel érudit du ghetto. À cet égard, Obia démontre une variété de flows dans ses rimes risquant de marquer des points dans la francophonie. Encore une fois, Cotola a réussi à nous impressionner avec des productions sonores singulières (écoutez « Invictus » et « Jamais Fini »). Au final c’est vraiment un album à étudier, car il y a énormément de connaissance déversée aux auditeurs qu’il faut décrypter dans les paroles et les sons, révélant une richesse digne d’un hiéroglyphe.

 

4/5

theoreme

Artwork par Monk.E

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